11> Guatemala

 Premiers pas au Guatemala

Rentrés dans le pays le 13 mai, nous découvrons un pays haut en couleurs et des paysages luxuriants. La route a pris un aspect plus montagneux. Les gens nous paraissent paisibles, les femmes sont belles, souriantes.

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Petite pause à El Remate, au bord du lac Peten Itza, le temps de « prendre la température » du pays et de visiter le grandiose site de Tikal. Le village est joli, il a gardé son authenticité, même si il y a pas mal d’hôtel. En tout cas, il n’y a pas beaucoup de touristes. De jolis pontons permettent l’accès à l’eau de manière très poétique. Malheureusement, le niveau du lac a monté et la plupart des pontons sont sous l’eau mais ce n’en est que plus marrant car c’est très glissant, des dizaines d’adolescents (mais pas que) viennent s’y rafraîchir.

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Une panne d’électricité généralisée nous privera d’argent pendant une journée et donc d’eau et de nourriture car le distributeurs de billets ne fonctionne plus… On est bien peu de chose !

Nous visitons Tikal dès le petit matin, départ, 5h30. On se rend compte qu’en nous levant vers 7h, on est des lève-tard. Ici, il fait jour dès 6h et tout le monde s’active. Par contre, en début d’après-midi, c’est plus calme, sieste pour tout le monde. Un enseignement pour nous car les heures du matin sont beaucoup plus fraîches.

Tikal est une des plus grande ancienne cité maya, elle s’étendait sur 65km², la population ayant vécu dans la cité est estimée entre 10 000 et 90 000 habitants. Le site est située en pleine jungle, dans un écrin bien préservé.  La zone entourant Tikal constitue le Parc National de Tikal et la zone protégée couvre 570 km².

Quelle sérénité ! Ca nous change de Chichen Itza, dont je disais qu’on avait du mal à ressentir l’âme du lieu, à imaginer les peuples bâtissant ces pyramides, à cause de tout ces vendeurs harcelants et bruyants. A Tikal, nous avons cheminé pendant plus de 7h dans le site, carte à la main, comme des chercheurs de trésor. Un grand nombre de vestiges n’ont pas encore été dégagés de la végétation, c’est impressionnant. Derrière chaque montagne, on imagine la pyramide, le reste de temple, des sculptures…

La montée en haut de la plus grande pyramide, en cours de dégagement, nous offre une vue panoramique sur la jungle et la cité, mélange harmonieux entre l’homme est son environnement.

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Parmi les arbres les plus remarquables du parc de Tikal citons le gigantesque Kapok (Ceiba pentandra) l’arbre sacré des Mayas, le cèdre tropical Cedrela (Cedrela odorata) et l’Acajou du Honduras (Swietenia macrophylla).

Les animaux, très nombreux, sont les gardiens du lieu, et comme on est quasiment seuls, il est possible de les observer. On se régale. On peut y voir régulièrement l’agouti commun, le coati à nez blanc, le renard gris, l’atèle de Geoffroy, le singe hurleur, l’aigle forestier, le faucon, le dindon ocellé, toucans, perroquets verts, ainsi que les fourmis champignonistes. Elles dégagent dans les allées du parc de véritables autoroutes pour pouvoir transporter des bouts de feuilles. Un travail de fourmi 😉

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Les jaguars, les jaguarondis, et les pumas se déplacent également dans le parc mais on n’en a pas croisé !

Les plus gros travaux de construction à Tikal ont réalisés à l’époque de la période préclassique tardive, d’abord aux environs de 400 – 300 av. J.-C.,

Pendant des siècles, cette ville a été entièrement recouverte par la jungle. Les précipitations sont particulièrement abondantes et la végétation luxuriante.

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La pyramide avant dégagement           Après

Bien que connues des indigènes, du fait de leur éloignement des villes modernes, les ruines de Tikal ne furent explorées officiellement pour la première fois qu’en 1848 par le gouverneur Modesto Mendez. Le parc a été ouvert au public en 1955 et déclaré Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 1979. Plusieurs chantiers de restauration ont eu lieu depuis cette date et sont encore en cours actuellement. Le site comprend plus de 200 éléments.

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Anecdote : le cinéaste George Lucas a utilisé Tikal comme décor dans son premier film Star Wars, Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir, sorti en 1977. Les ruines servant de toile de fond à la base rebelle de Yavin.

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La nourriture guatémaltèque ressemble à la mexicaine. Elle a pour base la tortilla, cette petite galette de maïs cuite au feu de bois, aussi répandue que le pain pour nous. Elle est accompagnée de frijoles, des haricots rouges et sauce ou en purée (beurk disent les enfants, c’est vrai que l’aspect marron et épais fait penser à autre chose…), d’un bout de viande et d’un morceau de fromage frais.

Le plat coûte généralement 25 quetzales soit à peine 3€.

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De El Remate, une trentaine de km nous séparent de l’île de Flores, endroit joli et très touristique. Le tour de l’île est vite fait, d’autant plus qu’une partie de la voie est sous l’eau du fait de l’élévation du niveau d’eau du lac. Les rues sont bordées de maisons colorées.

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Nous reprenons assez vite la route vers le Sud du pays et retrouvons des ambiances rurales. Le pays est loin d’être plat, c’est donc assez physique. Les paysages sont beaux, végétation tropical, cultures tropicales : ananas, coco, palme… Les hommes désherbent les bas-côtés de la route à la machette, ils coupent le bois… à la machette, transportent leur bois à vélo. Le milieu rural est ici très traditionnel.

Nous nous posons à Rio Dulce, au bord du lac Izabal, le plus grand lac du pays qui est relié à la mer par un canyon. Nous avons besoin de repos car on promène avec nous un petit rhum qu’on se refile, ça fatigue un peu. Et les moustiques viennent parfois rompre la quiétude de la nuit.

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Ce lac est vraiment beau. Petit balade à vélo pour visiter le château de San Felipe, qui servait à protéger le lac de l’incursion de pirates.

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Ploufs dans l’eau, bien sûr, on ne va pas s’en priver (c’est peine perdue de vouloir empêcher Ewen de mettre la tête sous l’eau, par peur d’une autre otite).

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Excursion en barque à moteur jusqu’à Livingston, à l’embouchure du fleuve, l’occasion d’une belle découverte du fleuve, un paysage de mangrove et de canyon. Petite pause devant une île posée sur l’eau où vivent des centaines d’oiseaux, plus loin nous nous arrêtons dans un site d’eau chaude naturelle (aguas calientes) seule Mél ira faire trempette. Le bateau fonce à vive allure mais nous laisse quand même le temps d’apprécier la diversité des paysages avant la destination finale qu’est Livingston. Cette ville est relativement calme et presque sans circulation, du fait qu’il n’existe aucun accès terrestre. Incroyable pour une ville de cette dimension !

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En tout cas, il y règne une plénitude bien sympathique comparée au brouhaha de Rio Dulce.

La ville est en plus classée au « patrimoine intangible de l’humanité » pour la langue, la danse et la musique Garifuna. Tout un programme.

Retour à fond sur le bateau que nous appellerons ici plutôt un tape-cul. Belle ballade un peu rapide pour nous qui aimons plutôt les ballades à voile.

 

Rio Dulce – Coban, hors des sentiers battus


Pour gagner l’Ouest du pays, nous avons fait un pari un peu fou, celui de prendre une piste longeant le lac plutôt que de prendre la route principale plus au Sud, que l’on nous dit avec un trafic important et pas très belle. A vélo, la route est le voyage, alors non merci pour les gros camions qui roulent à tombeaux ouverts sans se décaler à notre passage. Plusieurs personnes nous ont dit que la route que l’on compte prendre est dangereuse, que des gens se sont fait voler, prendre en stop et pas déposés à l’endroit demandé, qu’il faut éviter la nuit… On a décidé de ne pas laisser la peur dicter nos choix, sinon, on ne serait jamais partis de France, et ce n’est pas la première fois qu’on nous fait de tels avertissements. Rouler de nuit, c’est une règle qu’on s’est donnée d’une manière générale pour tout le voyage, et de toute façon, on roule déjà bien assez le jour, la nuit, c’est pour le repos, et nos vélos n’ont pas de lumière !

De Rio Dulce à El Estor, la route est correcte, bien qu’en travaux sur certaines portions. Nous sommes bloqués à la communauté de Boqueron, peu avant El Estor, par des habitants qui ont fait un barrage routier. L’ambiance est pacifique mais la détermination des habitants bien présente. Après quelques minutes, ils se décident à nous laisser passer ; les dizaines de voitures et de camions n’auront pas cette chance. Du coup, la route est à nous pour la quinzaine de km restant. De ce que l’on en a compris, la communauté manifeste contre le trafic routier ; de gros camions passent quotidiennement sans se préoccuper des riverains. La semaine précédente, il y a eu une sortie de route par un chauffard qui avait trop bu. Ils réclament la mise ne place de « tumulos », ce sont de gros dos d’âne que l’on retrouve un peu partout. Il y avait une autre revendication réclamant du travail. C’est vrai que, comme le disent des affiches politiques, « au Guatemala, nous travaillons tous mais peu ont des emplois ».

Ces quelques 200 km dans la campagne nous dévoilent le quotidien de ces travailleurs besogneux ; les corvées de bois notamment. Le bois est d’abord coupé à la machette puis transporté, parfois à vélo, mais le plus souvent à dos d’hommes. La charge est maintenue en fagots et le fagot posé contre le dos et porté par une corde sur la tête. Qu’ils semblent trimer sous la charge, ces hommes, femmes, et même enfants ! Une simple brouette soulagerait leur portage. Mais les moyens manquent, même les collectivos (mini-van de transport) sont trop chers pour eux. C’est pourquoi nous croisons régulièrement des camions à bestiaux plein à craquer de gens, ils s’entassent à près d’une cinquantaine dans la benne arrière du camion. C’est assez impressionnant !

La confection de tortillas, elle, semble une activité purement féminine. Il faut d’abord aller chercher du maïs, on les voit revenir chez elles, leur récipient porté sur le tête ; ensuite en faire une pâte. Elles forment de petits boules de pâte qu’elles aplatissement entre leurs mains. On a parfois l’impression qu’elles nous applaudissent à notre passage mais non, elles font leurs petites galettes qu’elle cuiront au feu de bois, sur une plaque en métal. Elles retournent les galettes brûlantes avec leurs doigts. La majorité des femmes est vêtue de manière traditionnelle : jupe longue et colorée, haut ajouré en dentelle recouvrant un débardeur, cheveux longs jusqu’aux fesses, bruns, généralement attachés en queue haute. Elles vendent leurs productions au marché qu’elles transportent dans un grand panier d’osier recouvert d’un tissu coloré, qu’elles portent sur la tête. Quand elles rendent la monnaie, c’est de leur soutien-gorge qu’elles tirent leurs billets !

 

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A El Estor, nous campons dans un « éco lodge », au bord du lac d’Izabal. Nous mangeons le repas du soir au-dessus de l’eau, sur un petit ponton en bois. Le matin, des singes font de folles cabrioles au-dessus de nous, quel régal !

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La tente des enfants s’abîme à chaque usage un peu plus, il est temps de changer les arceaux, mais nous aussi fatiguons de dormir en tente ; monter les tentes, les démonter chaque jour… Nos matelas auto-gonflants sont bons à jeter. Et par ces climats tropicaux, la tente est vite un sauna. Bref, vous l’aurez compris, vu le prix généralement modique des chambres, on préfère éviter de camper.

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C’est Del Estor que les choses se corsent, la piste nous attend. Il y a quelques portions en pavimiento (sorte de plaques de béton) sur une moitié de la voie. Mais globalement, l’avancée est pénible. Les camions soulèvent beaucoup de poussière. En début d’après-midi du troisième jour, la piste devient carrément impraticable et la pente bien plus prononcée. C’est alors qu’un pick-up s’arrête au niveau d’Oliv’ et lui propose de nous prendre. Ni une ni deux, nous voici à bord d’un 4×4 climatisé ! Incroyable. Le reste de la piste était probablement au-dessus de nos forces, une violente pluie tropicale s’abat sur nous. Peu après Tucuru, nous sommes bloqués par un barrage de population, ils réclament du gouvernement des fertilisants. Etrange pour nous. On ressent une certaine tension et un grand dénuement dans le milieu rural. Les inégalités sont importantes. Les prochaines élections sont en novembre mais la campagne bat déjà son plein. Le gouvernement actuel est très controversé et particulièrement corrompu.

Notre chauffeur nous indique qu’il y a une route qui passe par les montagnes et qui permettrait de contourner le barrage. La piste est un chemin privé dont il faut payer l’accès. S’en suivent deux heures d’une sacrée montée à travers la jungle tropicale. Ca remue sérieusement !

Vers 17h, nous sommes à Santa Cruz, à une quinzaine de km de Coban. Ce geste de bonté désintéressé nous fait gagner deux jours de vélo, et combien de litres de sueurs !

Il nous dépose devant un petit hôtel à la patronne sympathique, nous en profitons pour faire une toilette aux vélos et aux sacoches, qui sont couverts de gadoue. Les vibrations ont dévissé quelques vis.

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Le climat a un peu changé, il fait plus frais. Nous ressortons les pantalons pour la première fois depuis le Pérou. Plus facile de dormir sans moustique ni ventilateur et sous une fine couette. La végétation a changé aussi, avec beaucoup de pins, de l’herbe, on pourrait presque se croire en Suisse.

 

Coban , Semuc champey, et route vers le Lago Atitlan

Nous avons hâte de nous poser un peu et croiser de nouvelles personnes. Depuis Santa Cruz, les quinze bornes qui nous séparent de Copan s’avèrent être encore assez durs. Les côtes et les descentes se succèdent à n’en plus finir. Enfin, nous sommes acceuillis à Coban par Toto, un p’tit gars bien sympathique qui s’occupe d’un hostel et qui travaille en lien pour l’office de tourisme. Donc petite pause bonne bouffe et repos avant de prendre la direction de Semuc champey, laissant les vélos à l’hostel. Il nous faudra 2 bonnes heures en colectivo (petit van où on entasse un maximum de personne) pour arriver dans le petit village de Lanquin avant que le van de l’hôtel vienne nous chercher. Nous arrivons donc dans ce site situé en pleine cambrousse. Le paysage vu de l’hôtel est encore une fois assez exceptionnel. Nous surplombons la vallée où coule une rivière d’un bleu turquoise. Nous en profitons pour piquer une tête  L’endroit est assez touristique et tout est organisé pour offrir aux touristes diverses activités terrestres et nautiques. Nous allons comme d’habitude éviter de faire les moutons et nous balader sans guide dans le parc.Les photos du tour organisés styles « club » ne nous engage pas trop. Nous grimpons pendant une bonne demi-heure une montagne avant d’arriver sur un magnifique belvédère. Nous arrivons encore une fois trempés de sueur mais la récompense est belle. Dur dur la vie d’un touriste autour de la planète;-) c’est pas souvent de tout repos. Ce que l’on voit, c’est une belle rivière d’un bleu lagon faite de piscines naturelles. Ni une ni deux, nous redescendons dans ces eaux étincelantes de beauté. Arrivés en bas, c’est encore plus beau. Sans hésiter, nous sautons dans nos maillots et dans les piscines d’eau douce. Pas assez de mots pour décrire ce que nous voyons là mais quelques photos.

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Nous continuons la ballade le long de la rivière où se succèdent encore les vues de plus en plus belles. On a du mal à quitter l’endroit mais nous devons reprendre un van à 14h30… Sauf qu’on avait mal compris : c’était en fait 12h30. Et oui, entre « dos » et « doce », on a du mal, des fois, à bien tout comprendre. Pas grave, il nous faudra seulement prendre un taxi qui nous coutelas quelques Quetzales de plus. Notre retour à Copan est donc assez tôt, on aurait bien profité un peu plus pour se prélasser dans les bains naturels de Semuc.

Aller hop on repart sur nos vélos de Coban, moyennement motivés par ce qui nous attend. Et en effet nous allons subir (monter se dit subir en espagnol!) et le mot n’est pas faible, des montées à nous couper le souffle. Je suis même obligé de temps en temps de descendre Méline du Pino pour continuer à pied. Non, vraiment, les côtes du Guatemala sont vraiment très dures. C’est aussi la successions de descentes et montées qui nous fatigue. Mais c’est aussi sûrement un peu de fatigue au bout de 11 mois de vélo qui commence à entamer un peu notre moral. Pas grave, nous allons tenter maintenant un peu plus de faire du pouce et ça fonctionne plutôt pas trop mal. Nous allons faire cela jusqu’au Lac Atitlan. On avait espéré avoir fait le plus dur dans l’Altiplano mais là, le niveau est trop haut, vu notre chargement. On ne supporte plus de respirer les gaz d’échappement.

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En plus, les rencontres durant ces périodes de vélo-nuit à l’hôtel sont plutôt pauvres. Sur nos montures, on a l’impression d’être des extras-terrestres qui débarquent d’une autre planète. 10 fois par jours les mêmes questions reviennent : « De donde vienes », « A donde vas » , « Cuanto tiempo a Guatemal », « Como te llamas, ? (d’où viens-tu, où vas-tu, combien de temps au Guate, comment t’appèles-tu) .C’est très sympathique mais aussi un peu pénible, mais c’est le jeu du voyageur, c’est ainsi. C’est donc fatigués que nous arrivons à Chichicastenango. Car malgré le stop, on se sera tapé de belles cotes quand même. Les vélos, eux aussi, commencent à donner des signes de fatigue, y’a souvent un truc qui pète.

Enfin nous pensons un peu plus nous poser bientôt autour du lac Atitlan et profiter un peu plus. Nous nous attendons à ce que ce soit beau, d’après ce qu’on nous en a dit.

 

Tour du lac Atitlan et derniers coups de pédale en Amérique

De Sacapulas, les côtes sont, au risque de se répéter, toujours aussi dures. Nous montons un bon bout mais assez vite, cherchons l’endroit où tendre le pouce, des côtes comme ça, c’est pas humain ! Le gars qui nous prend a le véhicule idéal, il est tellement gentil, on a l’impression que c’est nous qui lui rendons service. Malheureusement, il ne nous prend que sur quelques km. Masi c’est toujours ça de pris.

Ce jour-là, c’est tellement dur qu’on refera une autre fois du stop, il nous tarde vraiment de finir le vélo. Autant le pays nous plait, autant ce n’est pas un pays à faire à vélo !

Faire du stop, un sport qui plait aux enfants !
Faire du stop, un sport qui plait aux enfants !

 

Il est un peu tôt quand notre deuxième stop du jour nous dépose à Chichicastenango, mais nous n’avons pas le courage d’aller plus loin et la pluie menace. Nous trouvons un hospedaje et allons manger.

Chichicastenango est une ville étonnante, surtout la place du marché, encadrée par une église et un temple-calvaire. L’église blanche de Santo Tomas est noircie par les fumées d’encens brulées en quasi continu sur les marches. Ces escaliers, qui menaient autrefois à un temple maya, sont encore vénérés. Il y a une marche pour chaque mois du calendrier maya, soit 18 au total. Des chamans utilisent encore l’église pour leurs rituels en y allumant des bougies et de l’encens et en faisant parfois des sacrifices d’animaux. Comme souvent en Amérique latine et centrale, il y a un drôle de syncrétisme (mélange des rites et croyances traditionnels et du catholicisme). A l’intérieur, une ambiance très « dévote », je ne sais pas si c’est le mot, c’est dur à décrire, mais touchant. Cette église, vieille de 400 ans, a été batie sur un ancien lieu de culte maya. En 1721, le popol vuh, livre sacré des Mayas Quichés a été retrouvé derrière un des retables de l’église. Ce livre raconte l’histoire de la création de l’Homme sur la Terre : « Les singes font partie de la seconde génération de la création de l’Homme de bois qui se termina tristement; les Hommes ne reconnurent pas le Créateur, alors il plut du feu du ciel qui les détruisit. Ceux qui réussirent à s’échapper s’enfuirent dans les montagnes, grimpant dans les arbres et par la miséricorde du Créateur furent transformés en singes. »

L'église, le marché et un tuk-tuk
L’église, le marché et un tuk-tuk

La ville est surtout très connue pour son marché, tenu deux fois par semaine, les dimanches et jeudis. Elle a longtemps été l’un des centres de commerce les plus importants de toute la région maya. Nous y sommes arrivés un vendredi mais nous avons préféré ne pas attendre le dimanche, la foule du vendredi nous a déjà impressionnés, et suffit…

Le centre du marché abrite des comedores, des petits stands qui vendent des plats typiques de la région. Les produits les plus célèbres du marché de Chichicastenango sont les blouses brodées, appelées huipils, portées par les femmes, et les masques utilisés par les danseurs traditionnels.

Il y a aussi une arche sur laquelle est représenté l’oiseau à plume, le quetzal, symbole du Guatemala. Malheureusement, nous n’avons pas de photos de cet oiseau magnifique à la longue queue car il est en voie d’extinction et nous n’en avons vu que sur les billets de banque (la monnaie guatémaltèque est le quetzal) et beaucoup d’autres représentations (broderies, peintures, sculptures…).

Femmes en tenue traditionnelle, cyclistes en côte et arche, au fond
Femmes en tenue traditionnelle, cyclistes en côte et arche, au fond

Toujours aussi courageux, le lendemain, nous avons fait la grande descente en sortie de la ville puis tendu le pouce en bas ! Cette fois-ci, c’est un politique en campagne qui nous prend dans son picop (c’est comme ça qu’ils disent ici), il n’y a pourtant pas beaucoup de place et l’arrière ne s’ouvre pas mais qu’importe, on embarque tout, harnaché avec des sangles.

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L’homme est cultivé et affable, il nous raconte qu’il attend que sa fille ait quinze ans pour venir en France. Ils veulent se rendre dans tous les lieux où s’en rendu Rémi (de « Rémi sans famille »). Original et intéressant ! C’est lui qui nous raconte toutes ces histoires sur Chichicastenango et la culture maya écrites ci-dessus (a peu près car je n’ai peut-être pas tout bien compris !). Bien qu’inconfortable, j’aurais aimé que ce voyage dure plus longtemps ! Nos routes se sépareront à Los Encuentros (les rencontres). Il ne nous reste quasi que de la descente jusqu’au lac Atitlan. Passant par Solola, la route nous offre de superbes vues panoramiques sur les volcans au cône parfait qui ceinturent le lac. Dommage, il y a un peu trop de nuages.

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Tout schuss jusqu’à Panajachel (prononcer panarachel) où nous sommes alpagués par des rabatteurs pour des hôtels. Panajachel est le bourg le plus touristique des bords du lac. La plupart des boutiques d’artisanats, restaurants et hôtels se concentrent dans une rue que nous aurons arpentée en long, en large et en travers. C’est vrai qu’on ne se lasse pas de l’artisanat si coloré et varié.

Comme à Peten Itza (le lac que bordent Flores et El Remate, au Nord du pays) mais pour des raisons différentes, le niveau du lac a monté, rognant une partie de la promenade du bord de lac. Cette évolution du niveau de l’eau est normale, liée à l’activité volcanique.

L’endroit est agréable, touristique mais malgré tout authentique.

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Les habitants parlent deux dialectes autour de ce lac : le cakchiquels (au nord-est) et le tzutuhils (au sud-ouest) mais la plus part des gens parlent également espagnol. Les femmes portent le huipil traditionnel qui varie au niveau des couleurs et des motifs suivant le village et, dans quelques endroits, certains hommes ont gardé leurs pantalons légèrement courts, rayés et parfois brodés qu’ils attachent grâce à une magnifique ceinture brodée, une jolie chemise et le tour est joué, un vrai défilé de mode !!

Ainsi portent-ils le bois !
Ainsi portent-ils le bois !
...Et lavent-elles le linge
…Et lavent-elles le linge

Pour ce qui est de l’hôtel, nous n’avons pas fait la bonne pioche, l’homme ne semble pas trop apprécier les enfants et est sur leur dos tout le temps. On finira même par se prendre le bec avec lui, ce qui n’est pas notre genre ! Tant pis, ce n’est pas à Panajachel que nous prendrons le repos espéré mais nous embarquons tout notre barda dans une lancha (barque) direction San Marcos, un peu plus loin. En effet, il n’y a pas de route entre les deux. Le bateau de « transport public » longe la côte et s’arrête à chaque embarcadère. Quel charme, ces petits hôtels et petits villages. En humilité avec le site naturel, en harmonie avec l’environnement.

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Nous débarquons à San Marcos pour faire à vélo le reste du chemin jusqu’à San Pedro. San Marcos nous charme, ambiance fenchwee, un peu hippie, massage, yoga, nourriture végétarienne… C’est probablement le manque de courage de grimper (il n’y a pas d’autre mot) en haut du village qui a fait que nous avons passé notre chemin, nous aurions aimé être plus léger et s’y poser un peu plus longtemps.

Entre San Marcos et San Pedro, San Pablo semble spécialisé dans les oignons frais, il en sèche plein les rues.

Les paysages sur la route longeant le lac sont superbes. Très vallonnés, les pentes ont été façonnées par les coulées de laves successives, on monte, on descend. L’agriculture très présente, les parcelles en terrasse forment un patchwork aussi beau que leurs broderies. L’arrière plan n’est pas mal non plus, ces volcans aux silhouettes élancées qui jouent aux ombres chinoises.

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P1030107 Le café

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Dommage qu'il y ait autant d’intrants chimiques !
Dommage qu’il y ait autant d’intrants chimiques !

C’est à San Pedro que nous trouverons notre petit coin peinard pour enfin poser les bici. Un petit hostel niché au fond d’une ruelle dont Oliv’ a retrouvé le flyer au fond de sa poche comme par magie. Ici, on aime les enfants ! Et la chambre est à un prix dérisoire (80 Q soit moins de 10 €) avec une cuisine et dans une jungle luxuriante.

San Pedro est un village comme on les aime : petit, mignon, au bord de l’eau, des ruelles étroites, sans voitures. Sans voitures, mais avec tuk-tuk ! Leurs conducteurs, souvent jeunes vous emmènent partout dans la ville pour quelques quetzales. La solution pour des villes sans voitures ?

Ces jeunes fous semblent parfois jouer aux auto-tamponneuses avec leurs petits bolides customisés mais respectent les piétons.

On ne se lasse pas de « flâner » dans le labyrinthe des ruelles, découvrir les nombreux bars et restaurants, aux cours intérieures charmantes. Les bords de l’eau ne sont pas toujours très beaux car l’élévation du niveau d’eau à rendu inhabitables certaines constructions qui font des ruines un peu sinistres. Cela dit, les ruines me fascinent toujours autant, encore plus quand elles sont lacustres, vestiges d’un temps, d’une activité passée.

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De San Pedro, nous reprenons le bateau pour Santiago de Atitlan car la route qui y mène est en partie très pentue (dans le mauvais sens bien sûr !) et l’autre partie une vilaine piste. On a déjà donné.

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Très peu de touristes par ici. Le lendemain, on reprend les bici pour une très jolie route qui longe le lac. Pause repas à San Lucas mais pas trop l’envie d’y rester dormir, on continue la route. Mais à la sortie de la ville, c’est encore une montagne qu’il faut gravir. A la traîne derrière à pousser mon vélo, je craque quand une magnifique camionnette vide passe : je tends le pouce… la camionnette s’arrête, j’embarque ! Qui a dit que le stop était impossible au Guate ?! Un peu plus haut, on récupère les deux autres courageux vélos. Ils nous montent jusqu’à Godinez.

P1030133 On n’est pas bien là !

Il est 15h, nous hésitons à nous arrêter mais l’hospedaje un peu miteux ne nous emballe pas trop. On a envie de rencontrer du monde ou de se trouver dans la nature. On se lance pour la seconde option. On commence par une grande descente, mais c’est ensuite que les choses se corsent, on est carrément en montagne ! Je peste contre le gars à qui j’ai demandé des indications, il aurait pu me dire que c’était aussi dur ! 15 km, c’est peu peu mais 12km de grimpette en montagne, c’est beaucoup. Et comme souvent dans la région d’Atitlan en cette saison, il pleut en fin d’après-midi. Nous sommes trempés jusqu’aux os.

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Comment ça y’a plus de pont !?

P1030140 Et comment ça, la montagne s’effondre…

C’est dur ! Et la nuit commence à tomber. Je repense à ce que m’a dit un gars de l’office de tourisme d’Atitlan : « cette route est dangereuse, il y a des voleurs ». Pas le choix, vu les cordes qui nous tombent dessus, l’absence de terrain plat et notre état, l’idée de camper est totalement exclue, il faut continuer.

Par chance, à Patzun, nous trouvons un hôtel aux patrons compréhensifs qui nous laissent dégouliner dans leur hall. La chambre est propre et la douche chaude, il ne nous en faut parfois pas plus. Et demain, on devrait être à Antigua. Deux semaines avant l’avion, on est un peu en avance mais on ressent un grand besoin de laisser un peu les vélos.

L’étape suivante n’est pas si dure et le tronçon d’autoroute qui mène à la capitale laisse un large bas-côté. Petite pause midi bien appréciable dans un parc avec un grand bassin, il n’y a que des locaux. On fait sécher toutes les affaires sales et trempées de la veille. Trop de choses à laver, il faudra l’aide de la machine cette fois-ci !

Les derniers coups de pédale nous donnent encore de bonnes suées. Nous arrivons à Antigua  « la promise » en fin d’après-midi. On a un mal fou à trouver un hôtel, les auberges de jeunesse sont trop « fun », ils refusent les enfants. Entre les hôtels chers et sans vie et les lieux pour faire la teuf, on ne trouve pas chaussure à notre pied ou plutôt notre pied ne rentre pas dans leurs chaussures. On finit par trouver un endroit pas mal, mais à la chambre sans fenêtre. On verra demain, sans vélo !

Antigua et Monterrico

Antigua a tenu ses promesses de plus belle ville du Guatemala, voire d’Amérique Centrale. « Perchée à 1 500 m d’altitude, Antigua est la plus belle ville du pays. Elle est inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. Antigua, c’est le charme fou des ruines, la fantaisie des rues aux pavés mal ajustés et bordées de vénérables demeures coloniales aux patios fleuris ; c’est aussi la sympathie d’une cité à taille humaine, et un site exceptionnel dominé par la masse majestueuse des volcans. Antigua vit encore au rythme de son passé colonial et des calamités naturelles qui n’ont pourtant pas réussi à la tuer. »

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On se plait à flâner dans ces superbes rues aux façades colorées, à pied, car les pavés, ce n’est pas l’idéal à vélo. La visite de magasins est prétexte à la découverte des patios, ça tombe bien, on aime toujours autant leur artisanat. Bon, on se lasse un peu des « passe adelante – bon precio – que buscas ? » (entrez, bon prix, que cherchez-vous?). Mais quel plaisir de pouvoir découvrir ces magnifiques bâtisses de l’intérieur ! Chacune est un joyau d’architecture et de poésie.

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Après plusieurs refus (pas d’enfants, c’est trop la fête ici), on a fini par trouver un petit hôtel excentré, sympa, avec une incroyable terrasse au 3°, vue panoramique sur les toits, la ville, les volcans autour.

P1030267 Une éruption du Fuego

On est aux anges, peut-être un peu trop. La patronne ne supporte pas les enfants… Ben oui, les enfants, ça vit !!! Bon, elle nous tolère et nous tâchons de tenir un peu nos « chiens en laisse ».

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L’hôtel est tout près de l’Alliance Française, chic, il y a plein de livres ! Un avant-gout de la France avant le retour qui approche à grands pas. On y retourne tous les jours, renouveler les livres. Méline fait enfin quelques progrès en lecture. On en profite aussi pour prendre quelques cours d’Espagnol (il n’est jamais trop tard).

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L’envie de voir le Pacifique nous prend. On laisse nos vélos à l’hôtel et on file à la mer. Grosse bouffée d’oxygène ! Ce ne sont pas les plus belles plages du monde, le sable est noir, du fait de la proximité des volcans. Il est brûlant en journée impossible de marcher pieds nus, mais l’hôtel est les pieds dans l’eau et le personnel est super sympa. Les enfants peuvent se défouler, et nous nous détendre ! Tout le monde craque pour ces deux mômes qui parlent si bien espagnol.

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En plus, il y a une piscine où Méline à pied partout, alors on enlève les brassards et on nage. Heureusement car la mer est un peu dangereuse, les rouleaux éloignent du rivage, il est difficile de sortir de l’eau. Les enfants ont donc passé toutes leurs journées dans la piscine, Oliv’ a fait de longues balades sur la plage et j’ai pu lire. Trop bien ! Comme il n’y avait pas de cuisine, c’était resto à chaque repas. Trois jours de vacances pures.

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On est aussi allé faire un tour de lancha (petite barque) dans la mangrove au petit matin (à 5h) voir les oiseaux. Une balade paisible et belle. Les volcans nous offrent un arrière-plan superbe. On a même vu un tamanoir, qui mange les termites.

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Rentrés à l’hôtel d’Antigua, il s’agit désormais de passer aux choses sérieuses : empaqueter les vélos, faire le visa pour l’escale aux USA et d’autres petits plaisir d’avant-départ. Une semaine ne sera pas de trop.

Trouver des cartons s’est avéré particulièrement compliqué, il a fallu les fabriquer ! Le résultat n’est pas super mais on a emballé le tout dans la cellophane et on espère que ça fera l’affaire. Notre idée est de ne pas passer par la capitale que l’on nous décrit comme dangereuse et inintéressante. On a réservé un « shuttle » qui nous amènera directement à l’aéroport dimanche. J-2, on est fin prêts, avec le sentiment mitigé de l’envie de rentrer et la tristesse de la fin d’un beau rêve. Prochain article de blog depuis le Vieux Continent.

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